Eloigné des grandes villes, dans une cambrousse perdue de la Normandie, à des centaines de kilomètres du port du Havre, égaré entre deux villages fermiers aux noms qui ne disent rien à personne, situé au milieu d'une forêt et près d'un ruisseau, se trouve un ancien manoir du 19e. Les tuiles du toit sont délavées et sales, les murs fais de pierres d'un bordeau sombre, les volets noirs parsemés de craquelure ainsi que les bordures de fenêtres dont certains des carreaux crasseux étaient brisés. Le manoir est surelevé par des escaliers à pierres rondes, glissantes et parfois manquantes. Deux statues représentant des anges aux extremités dont l'une avait perdue sa tête et un bras, l'autre une aile et le nez. Les hautes herbes ornaient la maison et faisaient office de ce qu'on appelerait jardin, s'étendant sur un hectar bien que restraint mais suffisant, et enfin, un chemin de terre blanche et de cailloux qui menait jusqu'à une grille au fer noir et décadent lui aussi ... Vous l'auriez compris sans avoir eu besoin d'être précisé : ce manoir était tout simplement abandonné.
Dans les alentours il est dit qu'une puissance maléfique planait au-dessus du manoir des Audsley, une vieille famille anglaise qui s'était égaré dans la brousse française et normande. Le bruit court que la famille avait disparue sans prévenir personne, sans raison apparente. C'est une rumeur bateau, planant sur chacun des manoirs abandonnés ... Mais le nuage gris qui surplombé la batisse dans le ciel était là depuis des années et n'avait jamais bougé, banissant le batiment d'une obscurité perpetuelle. Dieu sait le nombre de marcheur d'été croyant que le mauvais temps était arrivé quand ils passaient devant le manoir. Mais aucun n'avait osé entrer à l'intérieur pour se protéger d'une éventuelle tombée de pluie, ils continuèrent à marcher jusque le ciel s'éclaira brusquement à nouveau, ce qui était devenu un point de passage culte pour les marcheurs de Normandie. Nombres de légendes courrent autour de ce manoir mystérieux qui écarte tant les passants, comme partout on dit que le manoir est hanté des fantômes de la famille Audsley, on dit aussi qu'une vieille sorcière s'y cache, on dit même qu'un monstre hurlant à la mort chaque nuit était enfermé à l'intérieur et tuait les impétueux qui s'aventuraient à l'intérieur, car personne n'est jamais, soi-disant, revenu du manoir... Même si personne n'a été déjà vu y entrer. C'est ce que racontent les gens pour s'offrir un semblant d'intérêt, une histoire à raconter en soirée, mais surtout, et ça personne ne veut se l'avouer, un lieu calme où les jeunes peuvent se bourrer, sans jamais oser y entrer, restant simplement dans les fourrées.
C'est ainsi que Roxanne se retrouva avec ses trois meilleurs amis dans l'herbe haute, assis sur des roches anodines, avec pour compagnie marijuana et packs debière. Roxanne ne fumait pas, elle buvait seulement, mais ses camarades aimaient bien avoir des hallucinations. Mais les hallucinations qu'ils crurent voir ce soir là étaient en fait bien plus que ça. Ils riaient ensemble aux éclats, racontant des histoires à dormir debout, blaguant sur des sujets tabous, s'amusant jusqu'à ce que l'atmosphère inquiètante se fasse bien plus pesante ... Aux alentours d'une heure du matin, un cri déchirant s'éleva d'une fenêtre du manoir ... Non pas un cri de peur, mais un cri de désespoir bouleversant qui ne laissa pas le cœur des adolescents indifférent. Ce cri semblait provenir d'une femme, une femme qui souffre et qui pleurt ... Les adolescents déglutirent, la même hallucination à 4 dont 1 qui n'avait qui bu ? Ils n'y croyèrent pas. Puis David se mit à éclater de rire. Ce qui brisa un silence gênant mais aussi angoissant. Ils rièrent alors tous ensemble quand un craquement les fit sursauter. Roxanne attrapa une bière et l'ouvrit en disant que ce n'était rien, que la nuit ça faisait toujours ça. Puis elle fixa un point derrière Emilie qui était dos au manoir... Elle plissa des yeux et observa ce point qui n'était pas là auparavant... Une personne les regardait. Un jeune garçon blond immobile était à la fenêtre du rez-de-chaussée. Roxanne leva lentement sa main et pointa son doigt sur la fenêtre. Les trois autres se retournèrent et hurlèrent de peur, se levèrent et coururent vers la grille, fonçant dans la voiture.
"DEMARRE !" Cria Antoine
"Non, Roxanne n'est pas monté !"
"ON S'EN FOUT DAVID ! J'VEUX PAS RESTER ICI PLUS LONGTEMPS !"
"Mais Roxanne on va pas l'abandonné !"
"DAVID ! Si tu m'aimes, tu démarres IMMEDIATEMENT cette PUTAIN de voiture !" cria Emilie. David regarda sa petite amie, jetta un dernier coup d'œil par les vitres de la voiture pour vérifier que Roxanne n'était pas en train d'arriver mais pas l'ombre de la jeune fille n'était dans son champ de vision restreint par la drogue. Il demarra la voiture et fonça vers leur village ...
Roxanne crut entendre la voiture démarrer et brusquement elle se rendit compte qu'elle était seule. Ils étaient partis. Et sans elle. Elle déglutit et regarda à nouveau la fenêtre mais le garçon avait disparu. Elle se demanda alors quand est-ce que ses amis étaient partis, elle n'avait même pas remarqué. Elle avait eu un blocage sur la fenêtre, observant la personne qui était dôté d'une beauté extrême. Roxanne se leva du rocher et s'approcha des escaliers qu'elle monta lentement. Bizarrement Roxanne ne ressentait aucune peur mais une excitation faisait battre son cœur pas de la manière qu'une personne normale aurait en voyant ce garçon l'observer à travers la fenêtre d'un manoir réputé pour être abandonné et baigné dans une atmosphère glauque accentué d'un mystère débordant. Roxanne arriva devant la porte dominante et posa sa main sur la poignée ronde et rouillée. Elle eut un instant d'hésitation et déglutit avant de jetter un dernier coup d'œil à la fenêtre. Mais le garçon si magnifique n'était plus là. Roxanne prit son courage à deux mains et ouvrit doucement la porte en un grincement caractéristique et stéréoptype des films d'horreur. Elle découvrit un endroit sombre, remplit de toiles d'araignées et de meubles d'époques. Elle passa dans un miroir brisé où chaque morceau refletait son image, elle passa son doigt sur le reflet, le glissa longuement sur son visage miniature, ses cheveux roux, et elle s'entailla le doigt qu'elle retira vita fait pour le porter à sa bouche. Une goutte de sang roula longuement sur la glaçe et s'éffaca peu à peu par une ouverture formée par les morceaux du miroir. Elle reprit sa marche et remarqua alors une musique faible mais encore audible, une musique magnifique qui fit battre à nouveau son cœur de jeune fille. Elle regardait par les portes ouvertes en traversant le couloir, vit une cuisine, une salle à manger et un grand salon. Elle se disait que le manoir devait être tout simplement sublime quand il était occupé. Elle arriva devant l'escalier et grimpa les marches, guidée par la musique si belle qui la mettait dans une étrange confiance. La peur qu'elle aurait du ressentiré était remplacée par un émerveillement mal placé. Elle arriva à l'étage, un autre couloir qu'elle traversa, jetta un œil à nouveau à l'intérieur de chaque pièce, chambres sublimes avec baldaquins, coiffeuses, armoires énormes, tapis et rideaux ... Mais aussi les salles de bains anciennes autre deux chambres, ornées de tout un tas d'objet que Roxanne ne saurait reconnaitre. Puis une échelle au bout du couloir, menant à une trappe. Là, elle pouvait entendre distinctement l'air joué, la musique la possédait, la mettait dans un état de curiosité qu'elle ne se connaissait pas.Elle escalada l'échelle et posa sa main sur la trappe avant de pousser pour l'ouvrir et se retrouver dans un grenier poussiéreux. Elle se hissa à l'intérieur et referma avec soin la trappe. La musique continuait, elle observa la pièce remplie de vieux objets couverts de vieilles couvertures et d'autres laissés à l'air. Mais elle apperçut surtout le piano mis en évidence devant une fenêtre, elle s'en approcha et fronça des sourcils. Il n'y avait aucun musicien mais le piano jouait seul, les touches s'enfonçant les unes après les autres sans aucune force matérielle qui les aider. Elle se pencha sur le piano et brusquement, la musique s'arrêta, comme si le joueur venait de se faire supprendre, étonné de la présence de Roxanne qui avait sursauté en même temps et qui regardait à présent autour d'elle. Roxanna cligna des yeux et le garçon blond venait d'apparaitre. Il l'observait sans comprendre. Elle l'observait sans comprendre. A nouveau, elle était pétrifiée par la beauté de l'adolescent, aux traits fins, aux cheveux blonds mi-long qui lui caressaient le coup, aux grands yeux verts grisatre qui la fixaient. Ses vêtements étaient d'époque. Difficile de ne pas penser à un fantôme, c'est ce qu'elle en conclut sans pouvoir se vanter de perspicacité.
"Qui es-tu ?" demanda-t-elle brusquement, ayant peur qu'il ne se volatilise à nouveau.
"Je suis ton père ..."
Elle sursauta et se retrouva face à David.
"Bah alors ? Tu dors en cours Roxanne ?" fit à nouveau David, assis à ses côtés.
La jeune rousse regarda autour d'elle, une trentaine de paires de yeux la regardaient. Elle ne comprenait pas ce qu'elle faisait en cours. Avait-elle rêvé tout ça ? Elle se posait pleins de questions. Il lui prit une envie soudaine de pleurer, elle se sentait amoureuse … Son cœur battait trop vite et ce n’était qu’un rêve. Enfin elle croit …
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